PBD : Programme Bioéthique et Développement

Le développement des technosciences biomédicales et biotechnologiques suscite des questions bioéthiques complexes et embarrassantes qui interrogent de façon inédite les politiques de développement. Ces politiques ne peuvent être, de nos jours, mises en œuvre de manière adéquate, en négligeant ou en banalisant les technosciences qui constituent l’un des premiers facteurs du développement des sociétés contemporaines.
S’il est indéniable que les technosciences rendent les activités humaines efficaces, elles sont potentiellement sources de dérives éthiques et porteuses de germes de transformations sociales nécessaires à toutes politiques de développement. Le choix de la voie bioéthique est donc important pour une meilleure évaluation des problèmes liés aux technosciences et leurs conséquences dans le processus de développement. Cependant, une telle évaluation peut être à l’origine de polémiques du fait des valeurs éthiques différentes dans nos sociétés hétérogènes. Les réponses à ces polémiques sont, souvent, obtenues par consensus après des débats permettant de raccorder tous les points de vue.
Les meilleures réponses à la problématique éthico-technique en lien avec le développement se trouvent, pour une bonne part, dans la bioéthique. Celle-ci permet d’évaluer la conscience éthique capable d’intégrer harmonieusement les politiques de développement et les technosciences dans nos États modernes.
Pour mieux comprendre les questions bioéthiques relatives au développement et y apporter des réponses viables et durables, la Chaire Unesco de Bioéthique structure ce programme autour des trois piliers majeurs suivants :
– développer et vulgariser la culture technique afin de répondre rationnellement aux interrogations éthico-techniques qui se font profuses ;
– examiner les enjeux des technosciences biomédicales et biotechnologiques dans les mécanismes de développement pour relever, avec dignité et élégance, les défis de notre univers socio-technicien ;
– évaluer et réévaluer les valeurs, en identifiant des dilemmes éthiques, afin de proposer des paradigmes fédérateurs des technosciences et du développement.

 

PBD 1 : Réflexions sur les implications éthiques de l’Anthropocène

La dynamique de l’impact des activités anthropiques sur la structure et le fonctionnement du système terrestre, selon les scientifiques, a transformé l’homme en une force d’une ampleur éminemment tellurique qui a fait entrer l’humanité dans une nouvelle ère géologique appelée « Anthropocène ». Considérée comme le résultat des effets excessifs de l’action humaine, causes du dérèglement écologique global, l’Anthropocène est à la fois la période qui consacre le triomphe de l’Homme sur l’univers et celle d’une aventure de l’humanité source d’incertitude et d’inquiétude. La réflexion éthique sur l’Anthropocène a pour but non seulement de mettre en évidence les objectifs et les enjeux de ce concept nouveau dans la sphère de la connaissance, mais surtout de contribuer de façon significative à la recherche de solutions durables à ce phénomène qui menace l’avenir de l’humanité.
Chercheur : Traoré Grégoire

 

PBD 2 : La perfectibilité de la nature humaine : le mérite et la justice sociale biomédicalement réinventés

La biomédicalisation de la perfectibilité de la nature humaine, dans le prolongement du triomphal culte du mérite, bouleverse des réquisits fonctionnels de la justice sociale. Aujourd’hui, plus que jamais, des valeurs incarnées par le mérite et la justice sociale sont mises à l’épreuve par la médecine de l’amélioration qui fait incursion au sein des repères traditionnels qui les structuraient.

La biomédicalisation de la perfectibilité de la nature humaine, avec ses perspectives d’eugénisme, de dopage et ses effets secondaires sur la santé, n’est pas toujours cancérigène pour le mérite et la justice sociale. La question du mérite et celle de la justice sociale, sous la clairière de la perfectibilité biomédicale de la nature humaine, doivent être accompagnées d’une éthique et traitées de façon inclusive de sorte que la biomédecine y trouve sa place, sans pour autant banaliser la dignité et la dimension sociale de l’humain.
Chercheur : Victorien Kouadio EKPO

 

PBD 3 : Hypoconnectivité et défis éthiques en contexte médical : quel avenir pour la télémédecine en Afrique ?

La médecine classique ou traditionnelle, dans ses modalités structurelles et fonctionnelles est confrontée aujourd’hui à de nombreux défis dont les plus significatifs se déclinent en termes d’égal accès aux soins, de forte croissance de la demande de soins ou de  décloisonnement des systèmes de santé.

Pour surmonter ces nouveaux défis, les professionnels de santé ont mis à profit l’extraordinaire développement des TIC en les introduisant aussi bien dans la réalisation des actes médicaux que dans les offres de services de santé. Cette imbrication des TIC dans le domaine médical a donné lieu à une nouvelle pratique médicale connue sous le nom de télémédecine. Elle est la réalisation des soins médicaux à distance et vise à mettre en place un nouveau modèle organisationnel des soins et services de santé grâce aux TIC et impliquant tous les acteurs.

Cette perspective se présente comme une aubaine pour l’Afrique dont les systèmes de santé s’illustrent par un  manque criard de médecins et de spécialistes et un isolement médical des zones rurales. Mais, la télémédecine, reposant sur une bonne connectivité à Internet et une responsabilité éthique accrue, a-t-elle un réel avenir dans un contexte africain marqué par une hypoconnectivité et confronté à des défis éthiques majeurs ? En d’autres termes, au-delà des problèmes liés à la faiblesse du débit de la connexion et de l’isolement numérique des zones rurales, comment gérer éthiquement les nouvelles responsabilités du médecin et des praticiens dans une médecine qui se pratique essentiellement à distance ? Comment surmonter les réticences psychoculturelles des patients face à la médiation technologique ? Dans des cultures africaines où la pudeur est de mise, comment gérer  l’exposition de la nudité du patient à des regards multiples (regards de part et d’autre de la caméra) dans le cadre, par exemple, d’une téléconsultation gynécologique ou andrologique ?

Cette contribution, tout en soulignant les acquis médico-sociaux évidents de la télémédecine, met en relief les défis éthiques liés à son développement et à ses pratiques en Afrique.
Chercheur : Tiéba KARAMOKO

 

PBD 4 : Bioéthique  et  gouvernance des risques épidémiques dans l’espace culturel ouest-africain

Le défi  que doit relever  la rationalité des politiques de gestion et de prévention des risques épidémiques  réside dans la difficulté d’intégrer la dynamique des  structures  de l’ontologie culturelle  africaine qui détermine  le  comportement  moral  et fonde  les perceptions de  la maladie et de la santé.  Elle est  une entrave réelle aux  politiques de santé publique perçues comme une entreprise d’acculturation et de déliance  fraternelle  ainsi qu’on l’a vu  avec  la gestion de l’épidémie du virus Ebola en Afrique de l’Ouest.  La réflexion  bioéthique s’en trouve  interpellée. Si elle  privilégie  le respect de la dignité humaine  dans toutes les tendances de la santé publique, elle souligne que les politiques sanitaires doivent impliquer  l’éducation publique en développant la  culture biologique  des populations. Enfin, pour mieux maîtriser les risques épidémiques dans l’environnement culturel ouest-africain, elle suggère qu’il faut tendre   vers   leur  gouvernance sous-régionale.
Chercheur : Pierre Andredou KABLAN

 

PBD 5 : La solidarité anthropocosmique à l’épreuve de la guerre économique mondiale

Tissant leurs toiles économiques dans des logiques protectionnistes exclusives, les grandes puissances en sont parvenues à une mondialisation-globalisation peu soucieuse de la solidarité anthropocosmique. Pour l’homo économicus moderne, le bien-être étant subordonné à la croissance et à la performance économique nationale, les préoccupations environnementales mondiales peuvent être reléguées à second plan. Pis, face à la concurrence économique mondiale actuelle, tous les investissements dans les stratégies internationales de protection de l’environnement lui apparaissent comme  des luxes à éviter.

Réfutant cette conception économique anthropocentrée qui sacrifie les préoccupations environnementales sur l’autel des grands enjeux de la croissance économique nationale, nous examinons, dans cette communication, l’urgence et la nécessité d’une réhabilitation de la conscience universelle protectrice de l’environnement et de la solidarité anthropocosmique, à partir de quatre idées fondamentales :

  1. Comme Sisyphe, les efforts de l’économie anthropocentrée peuvent être ruinés par les effets dévastateurs de l’accentuation du changement climatique  générée.
  2. Le non respect de la solidarité anthropocosmique, au profit des industries polluantes, imposera toujours aux États la création de nouveaux mégas structures de dépollution très onéreux.
  3. La rupture de solidarité anthropocosmique, impliquant la fin de la solidarité intergénérationnelle et la dégradation des conditions de vie sur terre, l’économie anthropocentrée est éthiquement irresponsable.
  4. À l’ère anthropocénique, il est impératif de recourir à la Bioéthique environnementale pour co-construire une éco-éducation universelle.

Chercheur : Marcel n’dri Kouassi

Manager du Programme

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