26 Fév 2020

Research for Development (R4D)

  1. Titre du programme:

Le retour de l’Etat développementaliste ?

The Developmental State Strike Back? The Rise of a New Global Powers and African States’ Development Strategies

 

  1. Équipe de Côte d’Ivoire:

Pr AKINDES Francis, Chercheur Senior

FOFANA Moussa, Post-doctorant

KONE Rodrigue Fahiraman, Doctorant

N’Goran Alex Roméo, Doctorant.

 

  1. Universités partenaires et Institutions de recherche :

Suisse

Université de Lausanne, Département des Sciences Politiques et Sociales

Université de Genève, Global Studies Institute.

 

Cameroun

Université de Yaoundé II, Centre d’études et de recherches sur les dynamiques administrative et Politiques (CERDAP).

 

  1. Problématique générale du projet :

 

Assiste-t-on au retour de l’Etat développementaliste en Afrique ? Ce programme de recherche se donne pour objet l’Etat et la gouvernance du développement en se référant aux contextes socioéconomiques et aux dynamiques de développement en cours sur le continent africain. Après les années d’ajustement structurel prôné au nom du consensus de Washington, qui ont réduit l’Etat à son minimum dans la définition et la conduite du développement, l’on assiste à un regain de croissance économique dans plusieurs pays africains où l’Etat affirme de plus en plus son autorité dans la conduite et la planification de projets de développement. Par conséquent, deux observations principales sont au départ du programme « Developmental State strike back ? » : (i) Avec la fin du consensus de Washington, l’hypothèse d’un changement de paradigme, dans lequel la croissance économique serait également un des effets induits du retour d’un Etat fort est en passe d’être formulée. On note ainsi l’apparition de nouveaux paradigmes dans le domaine du développement international dans lesquels on donne un rôle plus important à l’état comme maître d’œuvre du développement. (ii) Des niveaux de croissance économique sans précédent et un environnement diversifié de bailleurs et d’investisseurs permettent à des états africains d’être dans une position leur donnant une plus large marge de manœuvre les rendant ainsi capables de jouer un rôle plus central dans la définition et la conduite des agendas de développement.

Globalement, le programme met les stratégies actuelles de développement des pays africains au centre de l’analyse les perspectives à la fois au niveau académique et au niveau des débats sur les politiques publiques.

A partir d’observations globales du développement international, le projet propose d’étudier la place et le rôle des Etats africains dans le contexte changeant du développement aussi bien au niveau mondial que sur le continent. Pour être plus pratique, le programme s’articule à des cas d’étude choisis dans deux pays africains que sont le Cameroun et la Côte d’Ivoire dans lesquels sont ciblés des secteurs où les capacités de l’Etat développementaliste sont mises en œuvre et à l’épreuve. Il s’agit dans le cas de la Côte d’Ivoire de la politique énergétique et de celle des logements sociaux.

 

  1. Problématiques spécifiques traitées en Côte d’Ivoire

Axe 1 :

Sociohistoire des plans de développement et politiques publiques en Côte d’Ivoire : cas du logement social et de l’accès à l’électricité domestique

 

Moussa FOFANA

Résumé 

Les discours et pratiques de l’Etat ivoirien en matière de politiques de développement à partir de 1960 sont structurés et contenus dans des documents-programmes que sont : les perspectives décennales (1960-70), les Plans Quinquennaux (1971-75 et 1976-80), le Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP 2009-13) et récemment les Plans Nationaux de Développement (PND 2012-15 et 2016-20). Ces documents et leurs repères historiques permettent de saisir, l’Etat quoique confronté aux contingences politiques et macroéconomiques nationales et internationales, dans l’élaboration et la coordination des politiques publiques. Cet axe de recherche du programme « Developmental State » saisit l’angle de la sociohistoire pour questionner la dimension constante de la protection sociale et de l’équité dans l’accès aux fruits de la croissance économique au cœur des plans successifs de développement depuis 1960. Quelle est la nature de l’« Etat social » enchâssé dans les planifications successives du développement alors même que, conformément à ses engagements internationaux, l’Etat ivoirien a progressivement développé un agenda néo-libéral dans lequel l’Etat est réduit à son minimum ? les visions et discours politiques des chefs de l’exécutif recèlent des projets sociaux que découvrent des expressions telles que le « rayonnement de la Côte d’Ivoire » (sous Houphouët-Boigny), « bâtir l’éléphant d’Afrique » (sous Konan Bédié), la « refondation » (sous Gbagbo Laurent) et actuellement « l’émergence à l’horizon 2020 » (sous Alassane Ouattara). L’objectif de cet axe est d’analyser l’Etat et son pouvoir d’intervention à l’aune des choix plus ou moins clairs faits au titre de l’Etat social. Cet Etat social est entendu, comme une intervention légitime de l’Etat dans les domaines économiques et sociaux mue par le devoir de protection sociale, de redistribution des richesses et de recherche de la justice sociale.

Nous procédons, au travers de la redécouverte des moments de production des Documents programmes cités ci-dessus, à une analyse progressive de la formulation des politiques de protection sociale ainsi que des marges de manœuvre de l’Etat ayant permis de structurer l’offre de services publics spécifiques. En l’occurrence, comme cas d’étude, deux secteurs sont ciblés pour procéder à cet exercice. Il s’agit du logement social et de l’accès des ménages à l’électricité. Ces domaines dans lesquels l’Etat a engagé des actions structurées d’investissements, de contrôle et de régulation sont restés liés aux missions de développement embouchées par les gouvernements comme des indicateurs du « mieux-être social » qu’ils se sont promis d’atteindre au profit des populations. Cette étude se veut donc une approche par la sociohistoire, des planifications du développement ainsi que leurs implications en termes de mise en œuvre de politiques publiques spécifiques telles que l’accès à l’électricité et aux logements.

 

Axe 2 :

Fabrique de la politique énergétique de l’Etat de Côte d’Ivoire à travers la tarification des coûts de l’électricité

Fahiraman Rodrigue KONE

 

Résumé 

Garantir la fourniture d’une électricité abondante, de qualité et à coût abordable constitue l’un des défis majeurs des autorités ivoiriennes qui ambitionnent faire de la Côte d’Ivoire « un pays émergent à l’horizon 2020 ». Le secteur de l’énergie électrique devra, tout en mobilisant des capitaux privés pour accroitre ses capacités, répondre d’abord aux besoins d’un secteur privé envisagé comme acteur clé de la création des richesses attendues, ensuite garantir l’accès à l’électricité à tous les citoyens et enfin accompagner la volonté de l’Etat de faire du pays le leader du marché énergétique en Afrique de l’Ouest. Pour atteindre ces différents objectifs affirmés, l’Etat s’est attelé à la mise en place dès 2012, d’un ensemble de réformes dans le secteur. L’une des mesures les plus en vue fut les ajustements tarifaires successifs opérés sur le coût à la consommation de l’électricité entre 2012 et 2016. Ces ajustements qui selon l’Etat, visait à rétablir l’équilibre financier du secteur et à en garantir un environnement propice à l’investissement privé à même de relever les défis, va se heurter à une forte grogne sociale dénonçant une politique inappropriée aux réalités socio-économiques du plus grand nombre. La tarification du coût de l’électricité s’est du coup révélé comme un objet de tension sociale polarisant les intérêts divergents d’un ensemble d’acteurs privés et sociaux mis en interaction par les ambitions de la politique d’électricité de l’Etat. L’objectif de la présente recherche doctorale est de comprendre, en partant des dynamiques de pouvoirs autour de la tarification de l’électricité, la capacité régulatrice de l’Etat ivoirien dans la fabrique de sa politique de l’énergie électrique.

 

Axe 3 :

La politique de logements sociaux et économiques en Côte d’Ivoire depuis 2011 : entre politique sociale et approche libérale de l’offre

 

Alex Romeo N’GORAN

Résumé

Porté à l’agenda politique en 2011, le programme présidentiel de logement sociaux et économiques en exécution en Côte d’Ivoire entre en résonnance avec la promesse d’émergence faite par les pouvoirs publics et se définit comme un instrument politique de protection sociale. Ce volontarisme étatique illustre le retour stratégique de l’État dans la production immobilière, cette fois-ci non en tant qu’investisseur direct comme ce fut le cas dans les années 70-80, mais en tant qu’incitateur et régulateur du marché immobilier. En lieu et place d’un Etat promoteur comme ce fut le cas dans le passé, l’offre publique de logements sociaux repose désormais sur un partenariat public-privé mettant en interaction une constellation de promoteurs immobiliers nationaux et étrangers tous issus du privé. Toutefois quatre ans après la mise en œuvre de cette politique publique, un gap reste flagrant entre les résultats attendus du programme et les réalisations observées.

Partant d’un questionnement autour de ce gap, le travail doctoral analyse à travers le prisme de l’offre étatique de logements sociaux, les dynamiques de déploiement d’un Etat qui projette d’être une économie émergente à l’horizon 2020. En toile de fond de l’analyse se profile une réflexion sur le renouveau probable d’un Etat développementaliste. Cette sociologie de la politique des logements sociaux proposée, repose sur une approche qualitative conjuguant diverses sources d’informations et un usage croisé de différentes méthodes de collecte de données.

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